mardi 23 septembre 2014

Condensé des trois premiers jours 


Voilà, je suis enfin parti. Il est vrai que ça n’était pas gagné. Le vélo commandé fin juin, censé arriver un mois après n’arriva point. Un gang, probablement de l’Est, spécialisé dans les vols d’usines de vélo, ayant écumé l’usine Scott et BMC en Suisse (pour un total de 1.5 millions de francs) en a décidé autrement. La fabrique française Cyfac, d’où vient mon vélo, en a fait les frais. Tous les vélos sont partis, ceux du showroom, ceux prêts à partir ainsi que la plupart des matériaux de construction des cadres. Donc voilà, un Seb stressé qui se fait à l’idée qu’il ne pourra pas tester son vélo avec sa charge avant de partir et un Benjamin de chez Spartaco qui s’arrache les cheveux, le cul entre deux chaises. Heureusement, chez Spartaco, on chouchoute ses clients et j’en suis bien content. Un passionné qui va chercher mon vélo directement à l’usine à 1200km aller-retour de Genève, me le monte plus vite que son ombre et ainsi avoir l’assurance de pouvoir partir plus ou moins dans les délais. Que puis-je faire à part vous recommander ses services ? 


C’est ainsi que le samedi 20 septembre, je prends la route accompagné du plus sportif de mes amis : Damien. C’est assez rassurant de partir avec un pote au début, le sparadrap s’arrache plus facilement. Sur les 30 premiers kilomètres, on plaisante, on parle et moi j’en chie. Peut-être un peu trop de charge, peut-être pas assez d’entraînement… Qui sait. Et arrive le moment où je lâche les amarres. Damien s’en va, il retourne au bercail. Moi je regarde la route devant moi et je me dis, c’est parti pour de vrai, là, maintenant, tout de suite. 


Première direction et premiers buts : Bonneville, Sallanches et finalement Megève. Une chose est sûre, pour y être allé skier régulièrement lorsque j’étais plus jeune : la montée en voiture c’est quand même plus sympa. Mais bon, c’est le début, les gens klaxonnent d’encouragement, pas de quoi se plaindre. Ca remplacera le fait que je ne ferais pas la course de l’Escalade cette année. Mais quand même, un dénivelé positif d’environ 900m. Pour une première journée et seulement 3h de sommeil c’est rude mais on s’accroche. Les 90km de la journée me serviront de somnifère naturel. 

Le nerf de la guerre dans ce genre de périple c’est l’eau. On espère en avoir assez tout le temps mais on espère aussi ne pas en avoir trop sur soi pendant les montées. Dur dilemme… On pose le premier bivouac, quelques kilomètres après Megève, pas trop loin d’une route, juste pour se rassurer. 

Deuxième jour, réveil sous la pluie. Couché à 21h, dormi environ 11 heures. La tête dans le sac, la pluie qui tape sur la toile. Ca va être comme ça tous les matins ? Franchement je n’espère pas. J’attends que mère nature se calme et on plie. On plie? La blague. Plier son bivouac, peut être par manque d’entraînement, ca prends 1h30 au moins. Déjeuner, réorganiser les sacoches, ce qui est utilisé le plus souvent en haut, ce qui est utilisé encore plus souvent en haut dans les sacoches avant. Enfin bref, tout ça sous la pluie, c’est charmant. Ca va certainement aller plus vite au fil du voyage. Puis on part, on sait que le premier col va arriver rapidement mais en pleine forme, ça devrait aller. On commence par 13 kilomètres de montée pour arriver à 1600m d’altitude, le corps tout chaud, l’atmosphère toute froide tout en haut. Je crois que le plaisir des montées, ce sont surtout les descentes qu’il y a après. Arrivé assez tôt à Beaufortain en bas de l’autre côté, je me dis que franchement si tous les cols sont comme ça, ça va être facile. Je décide d’en faire un deuxième en toute innocence. Et avec un paysage comme celui-là, tu t’arrêtes avec grand plaisir. Tragique erreur, s’attaquer à un deuxième col à environ 2000m, qui plus est de 19 kilomètres sans savoir que sa pente est d’environ 8%, ca te pète littéralement en deux. Mais il y a une descente après… 

Au bout de la pente, Bourg-Saint-Maurice. Au crépuscule, j’arrive dans un camping. La réception est fermée mais la fatigue s’installe, on ne se pose pas de questions, on plante la tente près des sanitaires. Une douche chaude, des lentilles aux carottes et oignons un bon sac de couchage bien chaud et on s’emmitoufle dans les bras de Morphée. La pluie qui recommence à s’abattre juste au moment où on s’endort fait du bien. Ca calme. Les 76km dans les jambes aussi. 

Le lendemain matin, premiers signes de fatigue du genou gauche. Pas grave pour le moment me dis-je. Le soleil s’invite et fait sécher les affaires. Petit déj tranquille. Les gens sont curieux, ils demandent d’où je viens et où je vais. Quand je leur réponds l’Asie et qu’ils jaugent le poids du vélo, leurs yeux écarquillés se disent que l’asile me conviendrait peut-être mieux... Qui sait. 

Puis on part, on cherche son chemin. Direction le col du Petit Saint-Bernard. La montée commence 3km après la sortie du village. Les petites bornes sur le bord de la route indiquent 27 kilomètres à 5%. Eh bien… Deux cols en un. Au fil de la montée, mon genou commence à me faire savoir que je suis un idiot de lui en demander autant en si peu de temps. En gros, tout les 500m je m’arrête pour bouffer des noix en tout genre et me remplir de flotte. Arrivé à La Rosière en milieu d’après midi, déserte, je me dirige vers l’office du tourisme pour demander où je peux m’envoyer un gueuleton en règle. Rien. Mis à part le refuge du col à 8km de là avec encore 400m de dénivelé positif. Mon genou me fait la gueule, il boude dans son coin et m’arrache un rictus de douleur à chaque fois que j’ose le plier. C’est là que le moral intervient, je pousse à pied mon tas de SDF jusqu’au refuge. L’accueil est chaleureux, qu’à cela ne tienne, je décide de faire ma journée de repos dans ce refuge à 2200m d’altitude. Mon genou semble me dire « Allez viens, on est bien ». Un bon diô (saucisse savoyarde), un gratin de crozets au fromages et hop au dodo. On va se remplir de globules rouges ici. 


L’Hospice du Col du Petit Saint Bernard est un ancien bâtiment datant du XIIème siècle, construit par Saint Bernard pour accueillir les voyageurs réhabilité depuis le 1er juillet 2014. Il dépend de l’ouverture et de la fermeture du col, soit du 1er juin au 31 octobre. Il fait parti de deux chemins de pèlerinage et il vous accueille 24h sur 24h. Un poêle dans une pièce chaleureuse et les petits plats de Gregory vous invitent à vous prélasser. Les paysages alentours sont magnifiques. Une vue imprenable sur le toit de l’Europe, le Mt Blanc, et de l’air pur. C’est dur la vie, n’est-ce pas ? 



Après cette pause bien méritée, je reprends la route demain. Une plus-ou-moins descente jusqu’à Milan à 250km d’ici où je rejoindrais ma chère et tendre Jehanne qui m’accueille volontiers chez elle, première grande ville italienne. Un caffè per favore!

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